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Prix de la Nouvelle "J'écris une Nouvelle pour être lu"

LA  VOIE  DE  LA  TERRE

Nouvelle de Cyril DUBREUIL

La brume sèche tourbillonne. Elle apporte avec elle les affres du soir. Au loin, on peut apercevoir les derniers râles d'agonie du soleil. Zyak se tient sur le pas de la porte. Du haut de ses quatorze ans, il scrute les ombres qui tournent à quelques pas de lui. Le sable entre dans la maison, fouettant son visage. Il n'y prête aucune attention. Chaque palpitation de son coeur marque le temps de l'absence. Son corps tendu implore l'arrivée de son père.

Zyak habite un quartier de Mez-Arit, la plus au sud des villes Eavas. Située au coeur d'une des rares oasis du désert qui s'étend sur une grande partie méridionale du continent ouest d'Elys, elle est récente. Ce qui à l'origine n' était qu'un campement sommaire est devenu une cité densément peuplée. La découverte à cet endroit de gros gisements de thyrium a fait émerger des maisons du sable. L'exploitation des mines s'est faite sans tarder. Il faut dire qu'après la guerre contre les Elegents, les Eavas ont dû fuir l'autre monde, se réfugier ici sur la planète Elys et se reconstruire pour y vivre désormais en paix et en parfait accord avec leurs croyances.

- Zyak ! rentre tout de suite !

Le garçon sursaute en entendant la voix anxieuse de sa mère, instinctivement il recule d'un pas mais son regard reste accroché aux silhouettes des bâtiments. Les rues sont désespérément vides, laissant place au vent et aux dernières lueurs du jour. Zyak toussote.

- Reviens à l'intérieur ! ordonne sa mère, le tirant fermement par l'épaule

Mélia est une belle femme. Les traits réguliers de son visage donnent un charme à sa quarantaine d'années. Néanmoins, elle porte sur le front la marque de l'inquiétude des nuits d'absence de son mari. Depuis quelques temps déjà, sa chevelure blonde extravagante ne virevolte plus au gré de ses humeurs. Ses cheveux sont désormais tirés en arrière et attachés sobrement. Une mèche de deuil est née le long de sa tempe au moment même où son coeur s'est arrêté. Kybèle, sa fille, l'aînée, a disparu... Comme engloutie dans les dunes de sable et les mines maudites.

Zyak ne proteste pas. Alors que sa mère referme la porte, il se précipite vers l'ouverture la plus proche, prenant garde de ne pas trop s'en approcher. Le champ de force qui protège chaque ouverture de la maison - exceptée la porte principale - laisse entrer l'air mais aucune forme solide. Sécurité oblige. Il serait dangereux d'y mettre la main sous peine de la voir brûlée, carbonisée. Il reprend sa surveillance, inquiet. Son père devrait être rentré depuis longtemps maintenant. Il ne fait pas bon rester dehors dans le désert de Tab'taly. La nuit est le domaine des gorgos et des korogs.

Les gorgos, de loin les plus dangereux, sont des animaux de grande taille. Environ cinq mètres de long pour trois mètres de hauteur. Leurs mâchoires puissantes, munies de deux grands crocs, peuvent broyer un homme d'un seul coup. Par chance, ils ne s'approchent que rarement des habitations et ne vivent pas en meute. Solitaires, ils chassent de petits mammifères ou encore les korogs, leurs proies favorites. Ces korogs ressemblent à de gros ragondins à ceci près qu'ils peuvent se déplacer sur deux pattes et dépassent facilement le mètre de hauteur. Plus chapardeurs que véritablement dangereux, ces rongeurs aiment se loger dans des terriers creusés à même la roche par la nature ou par l'homme dans les mines. La nuit, ils pillent les entrepôts et saccagent les rares plantations existantes dans le désert inhospitalier.

Soudain, à seulement quelques mètres, une ombre se dirige vers la maison. Zyak reconnait de suite la démarche lourde de son père Evrost, homme robuste aux muscles saillants ciselés par le sable et la pierre. Ce corps de mineur hors pair ne rechigne jamais à la tâche. Reconnu et respecté par ses collègues de travail, Evrost est Chef d'équipe de la mine B située à quelques kilomètres vers l'ouest. Une des premières mines ouvertes au filon de thyrium qui semblait inépuisable. Malheureusement, l'exploitation parmi les méandres des roches s'est avérée plus difficile que prévue. Le talent d'Evrost le désignait naturellement pour diriger les hommes dans ce travail.

Son père franchit le seuil et claque la porte derrière lui. Depuis la disparition de sa fille, il arbore le même air renfrogné, sourcils froncés sans aucun sourire susceptible un tant soit peu d'éclairer le visage. Il jette un regard à son fils. Zyak file à la cuisine aider sa mère à préparer le repas. Evrost dépose son sac près de la porte et traverse la pièce de vie qui sert à la fois de salle à manger et de salon, déposant involontairement à chaque pas des grains de sable qui viennent se joindre à ceux déjà poussés par le vent quelques instant plus tôt. Quand Mélia apparaît, croisant le regard de son mari, elle tient dans ses deux mains une marmite brûlante de soupe aux pois qu'elle dépose sur la table. Elle agrémente son mouvement d'un demi-sourire qui signifie : je suis contente que tu sois rentré, je suis toujours tellement inquiète...Et Zyak d'un pas de course nerveux arrive alors, s'empressant de déposer les couverts sur la table. Le silence qui accompagnera le repas sera seulement interrompu par le cliquetis des cuillères sur les bois de soupe.  Et soudain, sans un regard vers sa femme, Evrost dit :

- Nous partons demain matin, très tôt...

Un soupir se fait entendre.

- Je sais que tu désapprouves mais Exerev a peut-être trouvé une piste. On ne doit rien laisser au hasard. Il y a une ouverture naturelle dans la roche à seulement quelques centaines de mètres de la mine C. Elle aurait pu s'y réfugier !

Mélia se lève et, sans un mot sinon un claquement de langue qui marque un agacement, verse de l'eau dans les verres en terre cuite. Un liquide légèrement jaunâtre coule de la cruche.

- Le purificateur est encore en panne, dit-elle, regarde cette eau. Il faut que tu t'en occupes rapidement.

Il répond qu'il y a des cactus et quelques amarantes à proximité...De quoi tenir plusieurs semaines en se rationnant correctement...Qu'il ira vérifier tout cela...

Sur ces mots, avec la force de sa colère, Mélia frappe sur la table la cruche qui se fracasse. Soudain, elle hurle :

- Tu n'entends rien ! il y a des choses à faire ici ! cette maison va tomber en ruine...Il y a moi et ton fils...Et toi tu veux aller te perdre dans ce maudit désert et de nuit qui plus est, à la merci des gorgos et autres saletés...

Evrost, sourcils froncés, regarde sa femme. Même en furie, il la trouve belle, le rouge des joues accentuant les reflets blonds de sa chevelure. Et ses yeux, ah ses beaux yeux qui dardent des éclairs splendides ! il pense : Kybèle a ces yeux-là. Le visage de sa fille assiège ses pensées. Il doit la retrouver.

- Elle est partie, Evrost. C'est terminé, soupire Mélia.

Pour elle, la rage a fait place à une résignation mélancolique. Elle ajoute :

- Mais nous sommes là nous, en désignant Zyak du menton.

- Ma décision est prise. Onoké et Phalos ont réussi à convaincre quelques gars des autres quartiers de se joindre à nous. Nous serons une petite dizaine, bien armés. Ne t'en fais pas, nous serons rentrés en fin de matinée.

- Je veux venir ! je veux en être ! s'exclame Zyak impétueux et déterminé. Lui aussi refuse d'abandonner.

- Hors de question ! répondent Mélia et Evrost à l'unisson. Et Evrost de poursuivre, adoucissant la voix :

- Ta place est ici près de ta mère. Tu jetteras un oeil au purificateur et tu me diras ce qu'il en est à mon retour.

Inutile d'argumenter, Zyak le sait. Il ne sert à rien de chercher à convaincre son père. Tout ce qu'il peut faire c'est exprimer son émotion.

Le reste du repas se déroulera dans le silence. Au moment d'aller au lit, Zyak laissera la porte de sa chambre légèrement entrebâillée de façon à entendre le départ de son père. A l'aube, à l'heure où la lune blanchit encore le sable du désert, il partira lui aussi.

Et la nuit fut courte.

Dès les premiers pas d'Evrost dans le couloir, Zyak bondit sur ses jambes et regarde par la fenêtre. Phalos est là avec son chariot de mine. Une sorte de camion à sustentation capable de transporter hommes et minerai sur de courtes distances. C'est un engin adapté pour travailler dans les mines mais peu conseillé pour le transport vu sa lenteur.

Zyak, sans faire de bruit, sort dans le couloir. Il a peu de temps pour exécuter son plan. En moins d'un instant, il est déjà dans la petite pièce qui renferme l'installation électrique. Il coupe les deux alimentations du générateur de champ de force, le générateur principal et celui de secours puis retourne dans sa chambre. Son coeur bat la chamade. Les hommes ne sont pas encore partis. Aux chuchotements qu'il peut percevoir, ils sont dans le salon. Alors Zyak saisit un petit sac de toile qu'il garnit du strict nécessaire, une gourde d'eau et un biscuit survitaminé habituellement consommé par son père. Il ferme les yeux un instant puis, d'un geste vif et rapide, il ouvre sa fenêtre priant pour qu'elle ne grince pas. Il saute et atterrit dans le sable. Il faut dire que ces petites maisons plain-pied spécialement construites pour les mineurs et leur famille ont toutes les fenêtres proches du sol donc il n'a couru aucun risque de chute, aucun risque de blessure. Maintenant, il court vers le véhicule de Phalos tout en surveillant sur sa gauche au cas où la porte d'entrée viendrait à s'ouvrir. Il n'a que quelques instants avant la sortie des hommes. Il avise un des compartiments de stockage du minerai situé sous le châssis. Ma foi, ce compartiment fera l'affaire, pense-t-il, à condition de m'y loger en pliant complètement les jambes. Puis, il essaye tant bien que mal de fermer le battant du compartiment mais impossible de le verrouiller de l'intérieur. Il ne lui reste plus qu'à espérer que le conducteur ne s'aventure pas sur un terrain trop accidenté au risque d'être éjecté.

Quelques minutes d'attente... La porte de la maison s'ouvre. Les voix des mineurs se font plus nettes et graves à mesure qu'elles s'approchent. Zyak reconnait certaines d'entre elles. Il y a notamment Bêk et sa voix rocailleuse. C'est le plus vieux du groupe et certainement celui qui a respiré le plus de poussière de thyrium. D'ailleurs, il tousse fortement. Aïdo est là aussi. Zyak le connait pour avoir entendu parler de lui par son père qui vantait sa voix : ses chants redonnaient quotidiennement aux camarades de l'entrain et de l'envie au travail. Zyak entend également la voix de son père mais ses paroles sont inaudibles... Impossible de comprendre ce qu'il dit alors que le véhicule démarre bruyamment obligeant Zyak à se boucher les oreilles des deux mains pour se protéger tant que faire se peut du puissant ronflement du moteur. Un peu plus tard seulement, après quelques minutes, la tension retombera ce qui permettra à Zyak, installé dans son caisson, de s'endormir.

Il est réveillé par les cahots de la route. A en croire les secousses du véhicule, le chauffeur a renoncé à la sustentation pour les bons vieux pneus. L'allure est réduite mais l'économie d'énergie importante. Toutefois, le bruit est devenu réellement insupportable. Zyak tend une main vers le battant pour le soulever car il souhaite s'orienter. Mais la nuit est toujours là et il n'a aucune idée du temps qui a bien pu s'écouler depuis leur départ. Une chose est sûre : ils sont partis bien avant l'aube.

Quand le camion ralentit son allure, le ronronnement du moteur se fait plus doux. Ainsi, de sa cachette, Zyak peut entendre les bribes de conversations venant de la cabine au-dessus. Mais les hommes semblent inquiets...Soudain, un cri ! C'est Onoké...

- Là ! sur la gauche, il arrive, il fonce droit sur nous. Tourne, putain tourne !

L'impact est brusque, un bruit assourdissant. Le véhicule chancelle, heurté par une force brute qui n'est autre qu'un gorgos. Zyak est éjecté de sa cachette et atterrit dans un taillis de laurier rose, quelques mètres plus loin. Sous le choc, il n'essaye même pas de se relever immédiatement. Hébété, perdu, ce n'est que quelques instants plus tard qu'il réussit non sans efforts à rassembler ses esprits et à reconnaître l'odeur familière du sable et des herbes grillées par une journée de plein soleil. Ce n'est encore que quelques instants plus tard que ses oreilles vont capter des sons, des grognements terrifiants couvrant les hurlements des hommes. Enfin, il ouvrira les yeux pour être le témoin d'une scène effroyable : la fureur d'un gorgos se déchaînant contre les hommes. Les vieux canons à plasma et autres fusils peinent à garder l'animal à distance. Le véhicule endommagé continue néanmoins sa progression, mais jusque quand ? Il claudique dans la poussière telle une bête meurtrie se raccrochant à un illusoire espoir de survie.

Zyak se redresse. Il s'apprête à courir vers les hommes qui s'enfoncent dans la nuit. C'est alors qu'une masse sombre et silencieuse apparaît à seulement quelques mètres de lui. Le temps se fige. La nature elle-même semble retenir son souffle. Zyak transpire le chaud et le froid, pétrifié par l'apparition. Un deuxième gorgos ? Zyak ne bouge pas. Le prédateur est réputé avoir une ouïe et un odorat excellents. Pourtant, celui-ci semble ignorer Zyak. Le laurier rose aurait-il cette faculté de camoufler son odeur de proie ?

Etrangement, l'animal semble vouloir prêter main-forte à son congénère. Il finit par s'éloigner en accélérant l'allure et Zyak, sonné, abasourdi, tremblant de peur, décide de courir, courir et courir encore, droit devant lui, le plus loin du lieu d'attaque, traversant les buissons et trébuchant, s'écorchant aux herbes coupantes, le vent de la nuit le poussant dans sa course folle en plein désert. Quand, finalement, il s'arrêtera pour reprendre souffle, les oreilles bourdonnantes, le corps entier traversé de soubresauts, son regard se perdra dans la nuit, tout deviendra flou. Exténué, mort de fatigue, il chute lourdement sur le sol, le souffle court, le goût du sang dans la bouche. Il se relèvera avec grande difficulté... Une pensée émue pour son père.

Debout, ses yeux sondent la nuit. Les rares dunes aux alentours forment des vagues d'ombres prêtes à l'engloutir. Il porte son regard au loin, se retourne. Cherche un repère. Il connait le langage du ciel mais une épaisse couverture de nuages cache les étoiles. Il peste, râle, ronchonne, maronne...Avant de se décider à avancer coûte que coûte, peu lui importe la direction. Il doit avancer.

Soudain, une lueur, proche. Avec étonnement, il fronce les sourcils et s'approche discrètement. Le plus discrètement possible. A cet endroit, les rares herbes ont laissé la place à quelques taillis. Il s'y dissimule. Quel spectacle ! cinq korogs s'affairent sur un morceau de viande...Mais alors que Zyak s'approche, les korogs s'éloignent emportant avec eux leurs victuailles et finissent par disparaître totalement, comme par enchantement. Ont-ils quelque chose de plus précieux à protéger ? M'ont-ils senti arriver ? pensa Zyak. Ce comportement n'est pas habituel. Alors que de multiples questions taraudent son jeune esprit fatigué, il s'assied au coin du feu, pensif : ce désert rend les gens fous !  Avant de se relever subitement pour envoyer un coup de pied en direction du feu comme si il voulait l'éteindre...


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